Samedi 5 janvier 2008

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Pour Laurent Chambert, l'objet de l'exposition, pris bien sûr dans le double sens du terme, doit encore "faire partie intégrante du monde". Telle une énigme à dénouer, cette attention n'est pas forcément visible, ni lisible d'ailleurs. Ainsi de Thermographies, sa dernière proposition présentée au Collège Marcel Duchamp à Châteauroux. Quatre vingt diapositives d'une image récurrente (une figure rouge de sémaphore inscrite sous une trame verte) sont projetées sur un écran translucide suspendu dans l'espace. Support d'une projection dans la projection, cette image enregistre des vues en coupe faciale d'un revolver fragmenté en plans qui apparaît au niveau du plexus de la silhouette. Pour l'exposition, un long socle, une sorte de banque placée derrière le projecteur, supporte sur plusieurs mètres un collage horizontal d'images découpées. Les strates de ce collage restituent les étapes de la conception de l'oeuvre depuis le stade initial de l'appropriation du monde par le prélèvement de ses images jusqu'à leur redistribution.
Reprenant par analogie le langage du procédé thermographique (moyen scientifique de représentation des corps à partir d'une visualisation de leurs températures utilisé par l'armée, la médecine ou l'astronomie et vulgarisé par les médias), Laurent Chambert retourne une perception non rétinienne et propose une organisation tout à la fois simple et complexe de l'image. De l'événement artistique aussi. Du rouge de la figure "piéton attendre" au vert de la trame, et au blanc de la découpe de l'automatique, il recodifie un ensemble d'informations de façon assez basique : du chaud au froid. Leur restitution induit divers positionnements physiques : mouvement opposé de la projection frontale et de balayage transversal des coupes, circulation latérale du spectateur. L'oeuvre s'établit dans l'interconnexion de ces données, quand le spectateur devient la cible et le sujet de l'exposition quand il traverse. Au regard des quelques travaux présentés depuis peu, il semble que pour Laurent Chambert, il est moins question d'activer un "rapport au monde" sous l'angle d'une vision globale, universaliste, que d'articuler dans un même mouvement des repères (images tirées des medias, systèmes de représentation de l'univers) et un état de conscience perceptive. Mais cette fragmentation reste foncièrement ouverte à la recomposition d'une unité. Celle-ci n'est pas univoque, ni générique, dans la mesure où chaque acte, chaque oeuvre croise des champs de significations, des domaines du savoir différents. Pour l'heure son but n'est pas de reproduire des objets clos, ni autobiographiques, qui seraient appuyés sur une projection du monde en particulier. L'autonomie relatives de ses propositions ne ressort pas non plus d'une logique de la déconstruction, du contre-pied, ou de l'effraction des catégories. Quiconque a une mémoire visuelle peut reconstituer, ou reconstituer une lecture, un diagnostic. Face à l'information sur les avatars du monde, à ceux aussi de leur perception, face à l'impuissance latente d'une inscription dans celui-là, individuelle ou collective, ce travail voudrait rendre abordable certain accès. Pascal Pique |